Focus sur le genre du poème blason

Modifié par Delphinelivet

Le mot « blason » est d'origine incertaine ; l’hypothèse la plus plausible le fait provenir de l’ancien bas vieux-francique* blãsjan (« éclairer, illuminer »), qui prend par la suite le sens d'une « image illustrant [un écu, des armoiries] » puis par métonymie celui d'un « écu ». On le voit, le mot est au départ étroitement associé à l'héraldique, c'est-à-dire la science des blasons. Le mot signifie donc d'abord, selon le Robert, un « ensemble de signes distinctifs et d'emblèmes de famille nobles ou d'une collectivité ». 

Au XVe siècle, le mot blason signifie également « éloge ou blâme, remontrance » ainsi que « explication, discours, conversation ». Si ce sens spécifique a disparu depuis, il est toutefois à l'origine du genre du poème blason. Il s'agit d'un type de poème décrivant dans le détail, sur le mode de l'éloge ou du blâme, une personne ou un objet. Le genre du poème blason connaît au XVIe siècle un immense succès, dont on peut précisément dater l'origine : en 1535, le poète Clément Marot rédige son « Blason du beau tétin » dont la foudroyante réussite va entraîner à sa suite toute une foulée d'imitateurs. La mode du poème-blason est lancée. 

Les sujets des poèmes blasons se font toutefois dès lors plus restrictifs, ne portant désormais presque plus que sur les charmes féminins et plus spécifiquement sur des parties précises de leur corps. Œil, cheveux, nombril, front, et autres parties du corps, dont certaines plus osées, constituent désormais le motif central de ces poèmes généralement composés en rimes plates. 

Précurseur du genre, Marot lance la contre-offensive en produisant un contre-blason intitulé « Blason du laid tétin » : il s'agira cette fois d'évoquer, dans un élan contraire, les laideurs du corps, là encore le plus souvent féminins. Non dénué de misogynie et de grossièreté, le genre va s'enferrer dans un systématisme qui va rapidement lasser le public. À la fin du XVIe siècle, le genre est mort et enterré, et si certains poètes s'y adonneront dans les siècles qui suivront, de Baudelaire à Aragon en passant par Paul Éluard, le genre ne renaîtra jamais en tant que tel et reste profondément associé au siècle qui l'a vu naître. 

Le bas vieux-francique : désigne un ensemble de langues et de dialectes germaniques. 

Source : https://lesmanuelslibres.region-academique-idf.fr
Télécharger le manuel : https://forge.apps.education.fr/drane-ile-de-france/les-manuels-libres/francais-seconde/-/tree/master?ref_type=heads ou directement le fichier ZIP
Sous réserve des droits de propriété intellectuelle de tiers, les contenus de ce site sont proposés dans le cadre du droit Français sous licence CC BY-NC-SA 4.0